Au boulot pour éviter une nouvelle expulsion

5 mai 2026 Par Brieuc Van Elst Avec: Philippe Engels Photos: Brieuc Van Elst

Course contre-la-montre à Woluwe-Saint-Lambert. Le collectif Zone Neutre et ses soutiens agissent en menuisiers responsables pour sécuriser contre l’incendie un bâtiment prêté par une société immobilière. Sera-ce suffisant ?

Plusieurs mois de travaux bénévoles. Pour rien ?

Retour au 13 mars 2025. Ce jeudi-là, la police fédérale et locale débarque à 6h du matin au 451 de l’avenue Georges Henri, à Woluwe-Saint-Lambert. Le propriétaire, la maison des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), veut récupérer son bâtiment, squatté par le collectif Zone Neutre. La date et l’heure de l’expulsion n’ont pas été notifiées aux occupants – c’est pourtant obligatoire. Les policiers bloquent la rue. Ils balisent l’espace; ils interdisent aux passants et aux soutiens du collectif de s’arrêter sur le trottoir, devenu « une zone de passage à l’arrêt interdit ». 

Le 13 mars 2025, les soutiens du collectif n’ont pas eu le temps de s’interposer.

La septantaine de personnes sans-papiers est expulsée de manière ferme, contestable, mais sans brutalités manifestes. Des femmes, des hommes, des enfants doivent trouver d’urgence un nouveau toit. Les jours précédents, il y a eu une tentative d’emménager dans un autre bâtiment inoccupé, appartenant à Log’Iris, la société de logements sociaux de la commune d’Etterbeek. Sans succès puisque la nuit du 11 au 12 mars, la police locale accompagnée du bourgmestre MR Vincent De Wolf les en ont chassés.

S’en suivent alors plusieurs jours d’errance et d’incertitude. Jusqu’au 17 mars et l’ouverture d’un immeuble du square de l’Aviation, racheté par une holding hollandaise à un syndicat belge (la CGSLB, libérale). On connait la suite. Sept mois de stabilité provisoire et de tentatives pour se faire accepter dans ce quartier d’Anderlecht. Jusqu’à l’expulsion violente du 17 octobre dernier.

La « police des polices » a ouvert une enquête sur les violences du 17 octobre 2025.

Fin décembre dernier, Zone Neutre revient au 451 de l’avenue George Henri. Cette fois, il a entre les mains une convention d’occupation temporaire. Entretemps, l’ACP a revendu le bâtiment à la firme flamande Koramic Real Estate, qui rachète et rénove des biens immobiliers. Contrairement à la holding hollandaise du square de l’Aviation, cette société-là voit un intérêt à « prêter » son bâtiment. Koramic n’a pas encore les permis régionaux. L’accord signé lui permet d’éviter la taxe régionale sur les immeubles vides.

Vivre un peu, puis revenir au 451, avenue George Henri. Un bâtiment vide depuis quatre ans.

Il fait froid à l’intérieur. Moins de 15 degrés en permanence dans les quelques pièces de vie. C’est l’hiver. Il n’y a pas de chauffage central. Mais voilà au moins un toit. La convention d’occupation est prévue pour un minimum de deux ans. Zone Neutre peut souffler un peu. Un répit de courte durée. Car le 15 avril, le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert Olivier Maingain, ancien député DéFI, décide de poser un nouvel ultimatum. Le bâtiment de l’avenue Georges Henri est déclaré inhabitable à défaut d’y mener des travaux chers et conséquents. D’ici au 30 mai, il doit être rendu conforme aux exigences de la commune sans quoi une expulsion est déjà programmée au 16 juin. La douche est décidément froide. 

Nationale 4 publie ici l’arrêté ordonnant « des mesures de sécurité immédiates » :

Un cycle de résilience et de résistance.

Un mot d’explication : si Zone Neutre est aujourd’hui dans ce bâtiment, c’est parce que la Région bruxelloise a mis en place le programme HCAN pour « Hébergement Collectif Autogéré Négocié ». Il s’agit de subsidier les associations qui réalisent des projets de logement et d’accueil afin de lutter contre le sans-chez-soirisme. C’est un des enjeux du moment : si le collectif obtient ce financement régional, il devrait pouvoir finaliser sans problème les aménagements et travaux engagés il y a trois mois et barrer la menace d’expulsion.

En amont de l’occupation, le SIAMU (Service d’incendie et d’aide médicale urgente) a listé une trentaine de points en vue de rendre le bâtiment conforme : séparation des différentes unités, mise en place de détecteurs d’incendie, placement d’extincteurs, mise en place d’un chemin d’évacuation, pose de parois anti-feu, signalétique d’évacuation, entre autres.

Au cours du week-end des 25 et 26 avril, notamment, des bénévoles venus en renfort et des membres du collectif qui militent pour les droits des sans-papiers et le droit au logement achèvent l’essentiel du boulot. « Là c’est carré, dit l’un d’eux. C’est pas un bâtiment neuf, mais vraiment, on a fait tout ce qui était en notre pouvoir. Trois portes coupe-feu ont été installées au rez-de-chaussée. Des cloisons sont désormais posées. On a remis la cage d’escalier aux normes, placé des détecteurs et des extincteurs partout. Nous avons bien compris que, depuis l’incendie de Crans-Montana, ça a durci de ouf les exigences. À la commune, c’est le premier truc qu’ils nous ont dit quand on est venu visiter le bâtiment. » Reste un point noir en vue de la mise en conformité : l’installation d’un système central anti-incendie. Pour ça, vraiment, le subside régional paraît indispensable.

Une des demandes de la commune : des évacuations clairement indiquées.

Le lundi 27 avril, un contrôleur du SIAMU vient sur place pour établir un rapport sur la conformité du bâtiment. À son arrivée, certains terminent de combler des trous à la mousse de polyuréthane, pendant que d’autres placent les derniers chambranles de porte et finalisent des rafistolages de menuiserie fine.

Suspense, donc.

Le lendemain, un message se propage sur les groupes de soutien à Zone Neutre :

« Salut l’équipe 🏗️

P’tit retour de la visite du SIAMU d’hier matin : ça s’est BIEN passé !

Le monsieur de la prévention est reparti en disant que c’était « globalement positif » 👨‍🚒 si en langage préventif, ça ne veut pas dire : « BRAVO et MERCI pour tout ce que vous avez fait pendant ces 2-3 mois de chantier collectif », alors je n’y connais plus rien…

Mettons pas la charrue avant les bœufs, on attend encore son rapport officiel et que la commune retire sa menace d’expulsion. Mais ça semble en bonne voie ✨ (il reste 2-3 petits chantiers pour que la mise aux normes soient parfaites 💯)

Stay tuned + d’infos arrivent aussi et surtout concernant les moments de célébration !

Merci l’équipe ❤️‍🔥 »

Un contrôleur du SIAMU venu le 27 avril s’est montré rassurant.

À la fin de ce mois, au plus tard, on saura si cette énergie collective peut déboucher sur du concret. Avant ça, à tout moment, le bourgmestre Maingain a la capacité d’arrêter le chrono et de considérer que les lieux sont sécurisés et donc habitables. Ce lundi 4 mai, l’espoir a augmenté au sein du collectif quand il a été constaté que l’arrêté placardé sur les accès au bâtiment avait été retiré. Une hirondelle de printemps, sans doute.