La tour qui se fissure
Alerte humanitaire à Charleroi, où une tour de dix étages doit être évacuée sans délai. Ni les 27 copropriétaires, ni leur syndic n’avaient vu venir l’effritement des colonnes de béton. Le relogement s’avère problématique.

Ça paraît surréaliste, mais cela illustre la précarité du logement (privé, ici) dans la plus grande ville wallonne en nombre d’habitants : un immeuble de dix étages situé le long de la chaussée de Philippeville, à Couillet, risque de s’effondrer si des travaux de grande ampleur ne sont pas réalisés. Et il faut faire très vite. « Oui, je confirme qu’il y a des soucis de structure au niveau du béton. Les colonnes de béton, en particulier », commente Axel Henry, le gérant et seul actionnaire de l’agence immobilière Sepi-Immo, qui a parmi ses activités le syndic d’environ 110 copropriétés dans la région de Charleroi, notamment. Un fameux défi avec une petite équipe de 6 équivalents temps pleins et au vu du vieillissement du bâti. Le syndic de l’immeuble appelé jadis « l’aquarium » (qui se fissure aujourd’hui) estime à 1 ou 2% le risque d’effondrement. Vous avez bien lu.

L’immeuble de la chaussée de Philippeville date de 1955. Image Sudinfo.
Le constat des problèmes remonterait à « une quinzaine de jours » – il faudra valider cette explication – quand un nouveau propriétaire aurait engagé des travaux un peu conséquents au sein de son habitation. En dépiautant des caissons en bois autour des colonnes de béton, il aurait crevé l’abcès. Celui-ci est résumé dans le rapport technique établi en urgence par un bureau d’études composé d’ingénieurs et d’architectes, le 12 novembre. Il faut connaître le secteur de la construction pour comprendre le jargon. Voici quelques extraits suffisamment alarmants pour décamper en vitesse :
« (Les colonnes) sont sensibles aux effets de seconde ordre et peuvent céder brutalement en cas de résistance insuffisante, sans signes préalables évidents (…) Un ensemble de colonnes affaiblies augmente le risque global de rupture (…) L’effondrement d’un étage peut également mettre en danger ceux situés en dessous en raison des effets dynamiques induits. »
L’ « aquarium » ressemble plutôt à un château de cartes. Avec ce rapport technique dans la manche et même s’il s’agit d’un immeuble du privé, le bourgmestre socialiste de Charleroi Thomas Dermine devait agir. Le 14 novembre, il a pris un arrêté d’évacuation « dans les cinq jours à dater de la notification de la décision ». Et là, il faudra revenir aussi sur la qualité de la communication d’urgence. Dans La Nouvelle Gazette de ce jeudi 20 novembre, une maman solo du 8ème a dit ceci :
« On a appris qu’on avait reçu un recommandé hier, mais les interphones ne fonctionnent plus. Le facteur n’a pas su entrer. »
Dans les milieux associatifs, on serre des dents grosses comme ça. Un travailleur social compare Charleroi à Marseille, où le procès en appel de la catastrophe de la rue d’Aubagne (huit morts suite à l’effondrement de deux immeubles en copropriété, le 5 novembre 2018) vient de déboucher sur des peines de prison ferme. Ce travailleur social parle de « copropriétés dégradées », d’absence de proactivité des pouvoirs publics et d’une « gestion humanitaire » du logement. Les associations regrettent un manque de concertation tant de jours après le signal d’alerte. « D’un coup, la ville de Charleroi nous a demandé de l’aide pour reloger une trentaine de personnes. Sans toutefois coordonner cette action et mettre les gens autour d’une même table. »