Deux membres du clan Reynders ont été inculpés
Le procureur général de Bruxelles Frédéric Van Leeuw, qui chapeaute l’enquête de blanchiment visant l’ex-ministre Didier Reynders, a confirmé à Nationale 4 la double inculpation de Jean-Claude Fontinoy et Olivier Theunissen. Deux complices potentiels. Cette fois, la justice belge plonge bel et bien au coeur du système d’occupation du pouvoir mis en place par l’ancien président du MR.

C’est un point de bascule dans l’affaire Reynders. Jusqu’à présent, l’ancien ministre, président de parti et commissaire européen Didier Reynders était seulement incriminé à titre personnel dans l’affaire de blanchiment qui sidère la Belgique et l’Europe depuis quatorze mois. Mais avec l’inculpation de Jean-Claude Fontinoy, ancien président de la SNCB, et d’Olivier Theunissen, son ami antiquaire, c’est le clan Reynders qui se trouve d’un coup dans le collimateur de la justice belge.
La double inculpation a été confirmée à Nationale 4 par le procureur général de Bruxelles Frédéric Van Leeuw. Pour rappel, Didier Reynders avait été inculpé pour des faits de blanchiment d’argent et « un ou plusieurs autre(s) délit(s) potentiel(s) » en octobre dernier [1], après une deuxième audition auprès du juge d’instruction Olivier Leroux, en charge du brûlot depuis décembre 2024. À ce stade de la procédure, lui et ses deux complices potentiels bénéficient de la présomption d’innocence.
Fontinoy comme Theunissen avaient été visés par des perquisitions en juin dernier [2].

Ces derniers mois et semaines, de nombreux témoins ont été entendus par la justice dans le cadre de ce dossier hors-normes qui pourrait éclabousser bien d’autres acteurs politiques ou collaborateurs de l’ombre du leader libéral, au pouvoir à l’échelon fédéral belge entre 1999 et 2019. Il n’y a pas d’information crédible, à ce stade, laissant penser que des faits de blanchiment (et/ou de corruption – c’est le mot sous-jacent) aient perduré à l’époque où le vice-Premier Ministre en charge des Affaires étrangères et de la Défense a alors occupé le poste de Commissaire européen à la Justice, à la Protection de l’Etat de droit et à… la Lutte contre la corruption au sein de l’équipe von der Leyen I, de décembre 2019 à décembre 2024.
Lors de ces auditions, les policiers financiers ont présenté à ces témoins une liste de photos relatives à des meubles ou objets d’art. D’après nos informations, il s’agirait de mobilier ou œuvres ayant pu transiter par Didier Reynders, Jean-Claude Fontinoy (lequel a cumulé au sein des cabinets Reynders sa fonction de conseiller multi-tâches, plusieurs mandats publics et aussi une activité privée d’expert en art) et/ou Olivier Theunissen, un antiquaire bien connu du quartier du Sablon. Auraient-ils servi à blanchir de l’argent ?

Jean-Claude Fontinoy, aujourd’hui âgé de 80 ans, intéresse la justice belge depuis bientôt six ans. Plusieurs de ses anciens collaborateurs affirment qu’il a tenu des dossiers sur des personnalités politiques socialistes ou démocrates chrétiennes durant plus de trente ans, exerçant une forme de chantage à distance. Il est intervenu dans des dossiers emblématiques comme le désamiantage du Berlaymont, l’arrivée du TGV à Liège, la construction des gares Calatrava de Mons et Liège, la vente/relocation des tours des Finances de Bruxelles et Liège, l’inauguration d’une nouvelle ambassade à Kinshasa ou encore le déménagement du siège de la police fédérale à la rue Royale. Il a aussi été cité dans le scandale du Kazakhgate et l’affaire des Fonds libyens. À demi-mots, un de ses anciens collaborateurs le soupçonne également de délit d’initié lors de la cession de la banque Fortis au groupe BNP Paribas, en 2008. Durant ces décennies où il aura été si proche des décisions prises au sommet de l’Etat, Fontinoy a eu des équivalents chez d’autres partis de pouvoir comme le PS, le CD&V et la N-VA [3].
Son inculpation laisse percevoir que le juge Leroux entend comprendre pourquoi Didier Reynders aurait ressenti le besoin de nettoyer un minimum de 900.000 euros d’argent à l’origine douteuse [4], soit en entrant ce cash sur un compte ING, soit en achetant des produits de la Loterie Nationale, soit encore via d’autres techniques classiques de blanchiment comme l’art ou l’immobilier.

La mise en cause commune de Jean-Claude Fontinoy et Olivier Theunissen rappelle le cas Claude Guéant, en France. Cet ancien directeur de cabinet du président Nicolas Sarkozy s’est fait pincer il y a une dizaine d’années après la vente (apparue) fictive de tableaux de peintres flamands, largement surévalués [5]. Cela lui avait permis de s’acheter un appartement, en 2008. En septembre 2025, ces faits ont notamment valu à Claude Guéant une condamnation à six ans de prison devant le tribunal correctionnel de Paris dans le cadre d’un financement illégal de campagne présidentielle par la Libye de Kadhafi [6].
Guéant comme Sarkozy n’en ont pas fini avec la justice de leur pays. Ils risquent d’avoir à se justifier – aussi – dans la fameuse affaire du Kazakhgate. Même chose pour Reynders & Co.

Notes
[1] https://www.rtbf.be/article/didier-reynders-inculpe-pour-blanchiment-selon-plusieurs-medias-11626927
[2] https://www.nationale4.be/galerie-theunissen-reynders/ — https://www.lesoir.be/687761/article/2025-07-14/affaire-reynders-les-domiciles-de-son-ex-bras-droit-jean-claude-fontinoy-et-dun
[3] Le clan Reynders, Editions Kennes, 2021.