Le collectif qui revient (toujours) à la case départ

28 décembre 2025 Avec: Lisa Guillaume, Lou Lampaert

Zone Neutre s’est installé dans un immeuble vide de Woluwe, d’où il avait été chassé en mars dernier. Cinquante sans-papiers sont à nouveau réunis.

L’entrée, une petite porte grise, s’ouvre sur ce rez-de-chaussée de l’avenue George Henri, à Woluwe-Saint-Lambert : des centaines de mètres carrés vides, glacés et plutôt silencieux. Quelques cartons posés dans un coin suggèrent qu’ici, malgré tout, on a recommencé à vivre. Au total, ce bâtiment construit en 1976 et inoccupé depuis plus de trois ans compte environ 3.000 mètres carrés d’espaces divers, de stockage, et 5.000 autres de logement. Les trois étages de l’immeuble dévoilent de longs couloirs à moquette, vestiges fatigués d’une époque où l’Organisation des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OACP) organisait des réunions feutrées entre diplomates aux costumes anthracites. Aujourd’hui, des pans de plâtre se décollent du plafond par endroits, la moquette a perdu sa couleur d’origine, tandis que la sensation de froideur et d’humidité s’explique par le fait que le chauffage a été coupé dans la rue parce que le bâtiment était inoccupé. Sur les portes des couloirs, des bouts de scotch griffonnés aux prénoms des membres de Zone Neutre indiquent que le collectif de sans-papiers a pu recoller les morceaux après la brutale expulsion du 17 octobre dernier, à Anderlecht (lire les épisodes 3 et 4).

Le 17 décembre, avenue Georges Henri. Vidéo Zone Neutre/Compte FB.
Lors d’une première occupation du même bâtiment, au début de l’année. Photo : Camille Seilles.

Des intermittents du logement

Au fond du premier étage, dans une pièce sans lumière, quatre femmes se réchauffaient autour d’un petit radiateur électrique, il y a une dizaine de jours. Elles causaient organisation en attendant la signature imminente d’une convention d’occupation temporaire avec le maître des lieux, le développeur immobilier Koramic [1]. « Aujourd’hui, il faut encore qu’on nettoie, qu’on chauffe un peu pour qu’il y ait moins d’humidité pour les enfants, et puis qu’on aille chercher des tapis rue du Brabant », listait l’une d’elles. L’urgence s’est organisée comme elle a pu. Les autres membres du collectif ont rejoint l’équipe ces jours-ci. La plupart connaissent bien le bâtiment… dont ils avaient été expulsés le 13 mars.

Extraits d’un communiqué de presse publié à l’époque par Zone Neutre et les associations qui le défendent :

« L’un des principes fondamentaux de Zone Neutre est de créer des liens de solidarité, non seulement entre ses membres, mais aussi avec les voisins et d’autres initiatives sociales (…) (Il y a) une répression croissante des sans-papiers à Bruxelles (…) Depuis le début de 2024, au moins une dizaine de groupes de personnes sans-papiers ont été expulsés, souvent avec la complicité des autorités communales, plongeant les concernés dans une précarité encore plus grande. En raison de leur statut administratif, les personnes sans-papiers ont peu de recours légaux et dépendent entièrement de la bienveillance des propriétaires et des autorités. Seule une régularisation pourrait leur assurer une autonomie financière et administrative, leur permettant enfin de mener une vie digne. »

Le discours n’a pas changé. L’accord conclu après plusieurs semaines de négociation avec la société immobilière devrait garantir à Zone Neutre jusqu’à deux ans de tranquillité. Au conditionnel, bien entendu.

Le 13 mars de cette année, Zone Neutre avait dû quitter l’occupation temporaire de l’avenue Georges Henri. La police avait bouclé les lieux. Vidéo ZN.

Note
[1] Les propriétaires de bâtiments provisoirement vides peuvent bénéficier de l’exonération de taxes foncières en raison d’une occupation des lieux à des fins sociales. À Anderlecht, où Zone Neutre sera resté un peu plus de sept mois, la holding néerlandaise FMM et son avocat belge intransigeant a refusé de signer une telle convention.